A ERNEST D’HÉRVILLY
Del libro “Les fléches d’or”
Pas de vers aujourd'hui, Muse! Puisque j'attends ¡Nada de
versos hoy, musa! Estoy esperando
Cette fille de Flandre aux regards éclatants, a esa muchacha
flamenca de mirada resplandeciente
Qui m'a promis, hier, de m'apporter sa joie. que me ha
prometido traerme su alegría.
Sa gorge fait craquer le corsage de soie, Su garganta hace
crujir la seda del corpiño
Et le buste éblouit les yeux par sa rondeur, y el busto
deslumbra mis ojos con su redondez,
Pendant que ses cheveux, massés avec lourdeur, mientras sus
cabellos recogidos en un pesado tocado
A son front bas et pur forment une couronne. le ponen una
corona a su frente estrecha y pura.
L'insolente santé de son corps l'environne La santidad
insolente circunda su cuerpo
Comme un nimbe palpable, et, dans cet air léger, como un
nimbo palpable que parece hacerla renacer,
Joyeuse et colossale, elle semble nager. dichosa y colosal,
envuelta en ese aire liviano.
Et je ferais des vers! quand cette créature, ¡Después los
versos! ¿Cuándo va a venir,
Toute grâce enfantine en sa haute stature, plena de gracia
infantil en su altivez,
Va venir! mais sa lèvre à l'arc délicieux, esta criatura? Y
el delicioso arco de sus labios,
Avec ses longs baisers, ne vaut-elle pas mieux con sus
duraderos besos, ¿no vale más que
Que les méchants sonnets qu'un poète peut faire? los sonetos
mendaces que pueda componer un poeta?
Rimer une chanson d'amour, la belle affaire! ¡Rimar un
cántico de amor, hermoso asunto!
Quand mes doigts enfiévrés vont errer librement ¿Cuándo mis
febriles dedos errarán sin trabas
Sur la sainte blancheur de ce buste charmant, por la
blancura sagrada de ese busto encantador
Et que, des flots épars du velours, fière et nue, y se me
aparecerá ella, orgullosa y desnuda,
Elle va m’apparaître, ainsi que sous la nue entre un oleaje
de terciopelo esparcido, como bajo las nubes
Les déesses de marbre au sourire éternel, las diosas
marmóreas de eterna sonrisa,
Et chanter, pour mes yeux, son poème charnel! y entonar su
poema carnal para mis ojos?
Oui pourtant, je ferai des vers! eh! que m'importe ¡Compondré, pues, los versos! ¿Qué me importa,
Que la fille, après tout, frappe ou non à ma porte? al fin y
al cabo, que la muchacha llame o no a mi puerta?
Pour une de perdue, on en retrouve cent. Por cada una que se
escape, puedo encontrar otras cien.
Mais le vers amoureux, informe, vagissant, Aunque los versos
enamorados, etéreos, lastimosos,
Qui demande sa rime et qui n'a pas encore que requieren su
rima y aún no la tienen,
Su trouver son chemin dans le rhythme sonore, sepan retomar
la senda del ritmo sonoro,
Le vers que l'on n’a pas dompté reviendra-t-il? ¿regresarán
también aquellos que se hayan reprimido?
Dites, saisirez-vous ce papillon subtil Decidme, ¿volveréis
a capturar a la mariposa sutil
Quand vous l’aurez laissé s'échapper dans la plaine? después
de haberla dejado escapar en el campo?
Que deviendra ce sylphe ailé fait d'une haleine ¿En qué se
transformará la volátil sílfide hecha de aire
Qui, prenant dans les airs radieux son vol sûr, que, alzando
su vuelo directo hacia la radiante atmósfera,
Se sera brusquement dissipé dans l'azur? se disipará
repentinamente en el cielo?
Tous nos amours s'en vont, et toutes nos chimères ¡Todos
nuestros amores se esfuman y todas nuestras quimeras
Nous quittent, vain jouet des brises éphémères! nos
abandonan, juguete vano de efímeras brisas!
L'amoureuse qui vient, demain repartira, La enamorada que
llega hoy se marchará mañana,
Mais le vers glorieux et calme restera mientras que los
versos gloriosos y serenos perdurarán
Témoin de nos amours passés. O Muse! ô mère! como un
testimonio de nuestros amores pasados. ¡Oh, maternal musa!,
Je sais qu'il est des gens trouvant ta coupe amère, sé de
gentes que encuentran amarga tu copa,
Qu'ont rebutés le fiel et l'absinthe du bord; han rechazado
por igual la hiel y la absenta;
Mais d'autres, roidissant leur coeur dans un effort mientras
otros, tensando su corazón en un esfuerzo
Sûr et victorieux, ont trouvé l'ambroisie decidido y
victorioso, han descubierto la ambrosía
Qui parfume le fond de la coupe choisie. que aromatiza el
fondo de la copa selecta.
Or, je suis de ceux-là. J'ai saisi, tout enfant, Yo soy de
éstos. He cogido desde mi infancia
La lyre que sa gloire immortelle défend la lira que defiende
su gloria inmortal
Des profanes regards, et qui devient de flamme de las
miradas profanas, y que arde espontáneamente
Pour qui la veut tenir sans que, soudain, son âme si el alma
de quien la sostiene no se estremece
Tressaille d'épouvante et d'angoisse; et les dieux de espanto
y de angustia. Y los dioses
Ont laissé leur splendeur visible pour mes yeux. han
permitido que mis ojos contemplen su esplendor.
Donc, ô rhythmes! chantez et déroulez vos ondes, Así que,
¡oh versos!, cantad y difundid vuestro sonido.
O Muses! dénouez vos chevelures blondes, ¡Oh, musas,
desceñid vuestras rubias cabelleras!
Et toi, crois, ô grand arbre éternellement vert, ¡Y tú
crece, gran árbol eternamente verde,
Laurier victorieux! et, dans le ciel ouvert, laurel
victorioso, bajo los cielos
Allonge tes rameaux démesurés et plane despliega tus ramas
desmesuradas y planea
Sur nos fronts lumineux dans l'éther diaphane! sobre
nuestras frentes iluminadas en el diáfano éter!